CARD MRI – Aux Philippines, une vision communautaire plutôt qu'individuelle du microcrédit

Philippines
L'équipe In-Venture

     Les initiatives pour le développement rural occupent une place prépondérante aux Philippines, terre des ambitions entrepreneuriales d’Asie du Sud. En dépit d’un contexte politique tendu, c’est dans ce pays où les innovations financières fleurissent qu’In-venture a choisi de réaliser sa tout première enquête de terrain. Nous avons suivi Kiko et Camille, membres du Centre pour l’Intégration Agricole et le Développement Rural (CARD) Institutions Mutuellement Renforcée (MRI), pour une immersion dans l’ambiance familiale et communautaire du plus gros système de microfinance du pays.

   Business manager de Mga Likha Ni Inay (création de la mère en Tagalog), Kiko gère un magasin en apparence ordinaire, sauf que tout est produit de manière organique et que la majorité des employé.e.s sont des femmes. Kiko explique que « Mga Likha Ni Inay fait partie d’une entité de microfinance dont l’objectif est de travailler avec les femmes et pour les femmes, ainsi qu’avec des familles issues de milieux socialement et économiquement défavorisés. »

Femmes travaillant dans la zone d'emballage du magasin. 

 

Cette entreprise sociale fait en effet partie d’une organisation plus large appelée le CARD-MRI, créée par Dr. Jaime Aristotle B. Alip en 1986. Mga Likha ni Inay travaille en parallèle d’une vingtaine d’autres organisations à buts lucratifs ou non, pour l’inclusion sociale et financière des client·e·s de la banque de microcrédit. MLI aide principalement les micro-entrepreneur·e·s philippin·ne·s issu·e·s de zones sujettes à la violence à fabriquer et vendre leurs produits, ainsi qu’à étendre la portée de leurs activités tout en améliorant leur bien-être.

    Lors d’une réunion avec les représentant·e·s de toutes les institutions partenaires du CARD, Camille, directrice du marketing, détaille les subtilités de cette organisation peu ordinaire. « La banque de microcrédit est une organisation parapluie », dit-elle, « les prêts vont de 3000 à 5000 pesos (60 to 100$) et sont majoritairement destinés aux philippi·ne·s défavorisé·e·s en zones rurales et enclavées ». Camille confirme les dires de Kiko quant au fait que les femmes soient particulièrement ciblées par ce processus. « Elles gèrent mieux l’argent au sein du foyer » justifie une de ses collègues. « Au CARD, nous parlons de client·e·s ou partenaires, pas de bénéficiaires » précise Camille, soulignant ainsi la nature inclusive de l’organisation. Avec leur premier prêt, les client·e·s démarrent leurs propres entreprises : il·elle·s produisent notamment de la nourriture, des vêtements ou des bijoux.

    Toutefois, l’obtention d’un prêt n’est que la première étape vers la viabilité financière et l’inclusion sociale. Pour engendrer un véritable changement et réduire la pauvreté sur le long terme, le CARD a adapté sa stratégie aux besoins de ses client·e·s en zones rurales.  Informé par la recherche de terrain, le CARD ne se limite pas à l’accès financier mais propose aussi à ses partenaires certains services, de manière à générer un véritable sentiment d’appartenance. Ainsi, de nouvelles organisations en accord avec cette vision holistique et inclusive sont apparues, notamment une pharmacie, une compagnie d’assurance, un magasin, mais aussi une agence d’écotourisme ou encore une école. Le CARD récompense ses « good players » en organisant des voyages éducatifs dans la région par exemple. « Il·elle·s nous paient avec leurs sourires, la seule monnaie qui compte vraiment » explique la directrice marketing.

     L’école est un projet en cours visant à proposer des cours d’entrepreneuriat aux porteur-se-s de projet, ou à aider les familles à permettre à au moins un de leurs membres à faire des études supérieures. Aujourd’hui, le CARD touche près de 2 millions de philipin·ne·s à travers le pays. « Nous visons 5 millions au cours de la prochaine décennie » avoue la directrice marketing. 

     Axée sur la famille et animée par un esprit communautaire inclusif, le CARD se distingue à la fois par ses valeurs et par l'écosystème sans précédent qu'il a construit au fil des ans pour ses partenaires. L'argent est ici conçu comme de l'oxygène, distribué pour l'efficacité des autres organes économiques qui sont essentiels pour renforcer la capacité des gens à créer de la richesse tout en renforçant les liens sociaux. L'organisation s'est donc éloignée d'une banque sur le modèle Grameen pour s'appuyer sur des valeurs spécifiques au pays afin d'offrir un système unique qui participe à réduire la pauvreté.

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