Cropital, une plateforme de prêt de particulier-à-particulier pour faire fructifier son argent… et la prochaine récolte

Philippines
L'équipe In-Venture

     Les Philippines se classent parmi les étoiles montantes des économies d’Asie du Sud Est aujourd’hui. Cependant, le secteur agricole est en peine et présente certains symptômes de dysfonctionnement, empêchant les agriculteurs de bénéficier du regain économique du pays. En effet, la productivité agricole reste faible et plus de 11 millions d’agriculteurs vivent toujours sous le seuil de pauvreté dans l’archipel.

 

     Fondé par trois jeunes entrepreneurs passionnés, Cropital offre une solution unique pour faire face à la paupérisation du secteur : une plateforme de crowdfunding (« financement par la foule » en anglais) connectant les agriculteurs aux particuliers.

 

     Ruel Amparo, PDG de Cropital, explique que les institutions de finance traditionnelles du pays ne font pas confiance aux petits producteurs et les considèrent comme des « paris risqués ». Les agriculteurs ont donc souvent recours à un intermédiaire, leur prêtant de l’argent à des taux particulièrement élevés. La plupart des agriculteurs du pays sont donc endettés, ne peuvent pas investir et encore moins faire fructifier leur exploitation. « Cropital est né afin de mettre un terme à ce type de prêts abusifs dans le pays » explique Ruel.

Agriculteur Philippin de la région de Los Banos Laguna, expliquant à des chercheurs qu’il ne peut pas avoir accès aux canaux de financement traditionnels pour s’adapter au changement climatique

     En plus de présenter une solution financière innovante pour juguler la pauvreté, la plateforme entretient une véritable communauté qui connecte les petits producteurs avec des citoyens dévoués, prêts à investir et à faire fructifier leur argent pour une cause louable et qui a du sens. L’initiative de crowdfunding représente donc également une première étape vers l’inclusion sociale.

 

     « Les retours sur investissement ne sont pas garantis, en particulier lors des premières récoltes, mais ça n’a pas posé de problème jusqu’à présent » explique le PDG. « Les investisseurs sont en quête d’impact social en premier lieu, l’impératif de retour financier n’arrive qu’en second » il ajoute.

 

     Cropital a rassemblé plus de 30 000 prêteurs et levé 300 000$. Les investissements commencent à 5000 pesos philippins, l’équivalent de 100$. Le prêt peut représenter un rempart contre les intempéries tout en sécurisant une rentrée d’argent pour les petits producteurs. L’argent peut être utilisé pour investir dans des semences ou du matériel plus performants et ainsi aider à l’amélioration de l’exploitation agricole et à sa productivité. Finalement, les prêts peuvent aider à l’autonomisation des petits producteurs : ces derniers pouvant prendre davantage de décisions et faire preuve de leur potentiel créatif.

     Une fois que les agriculteurs ont été sélectionnés selon les critères fixés par Cropital, la plateforme les met en lien avec les investisseurs. L’entreprise présente également un suivi des producteurs à la fin de chaque récolte et évalue leur potentiel de profit. « Tous les inscrits ne sont pas forcément jeunes » explique Ruel, qui souligne l’aspect attractif de la plateforme, même au regard de générations plus âgées.

 

    Pour In-Venture, qui s’intéresse tout particulièrement aux questions de genre, le PDG confie que les agricultrices sont celles qui collectent l’argent le plus facilement, comparé à leurs homologues masculins. Le jeune entrepreneur donne une explication culturelle : « Aux Philippines, les femmes sont communément perçues comme les gestionnaires du budget au sein du foyer, c’est peut être plus rassurant pour les investisseurs ».

 

    Avec la mise en ligne de cette plateforme, ainsi que cette solution financière, l’équipe espère rendre l’agriculture plus attractive et gratifiante aux yeux des futures générations de Philippins. De telles technologies dites « sociales » pourraient être la solution pour trouver les « agri-preneurs » de demain et s’assurer d’une agriculture plus durable.

Petits producteurs de riz de la région de Laguna (île de Luzon, Philippines)