Groupes d'épargne collective : quand les communautés défavorisées s'organisent en banques autonomes 

Cambodge
L'équipe In-Venture

          En dépit d’une croissance économique en hausse, le système bancaire du Cambodge est à la peine puisque seulement 20% de la population possède un compte dans une institution bancaire traditionnelle. Des garanties sont en effet exigées par les banques ou les institutions de micro finance traditionnelles. Les populations les plus pauvres ne sont donc pas en mesure de prétendre aux prêts pour financer leurs études, démarrer une activité économique ou, simplement, pour payer leurs frais médicaux. Quand le besoin d’argent se fait urgent, la plupart des gens se tournent alors vers des usuriers qui profitent de la situation pour proposer des taux d’intérêts exorbitants qui peuvent monter jusque 50% par mois. Les travailleurs pauvres ne se remettent jamais de telles dettes et les transmettent alors à leurs enfants.

 

Afin de surmonter l’exclusion financière et pour prévoir leur futur, de plus en plus de gens se rassemblent en groupes autonomes. Ces groupes sont des endroits surs pour mettre leurs économies au chaud et pour emprunter auprès d’autres membres du groupe avec des taux d’intérêt faibles et des conditions de remboursement flexibles. Ces initiatives représentent une première étape vers l’autonomisation des pauvres communautés rurales, ainsi que vers le développement des économies locales.

 

 Certains de ces groupes d’épargne collective s’adressent à certaines franges spécifiques de la population, souvent les plus vulnérables : les jeunes, les femmes, les agriculteurs… Au Cambodge, In Venture a eu la chance de rencontrer deux de ces groupes : le Lady Saving Group, dédié aux femmes, et le Friends Help Friends (FHF) Saving Group, qui se tourne vers les jeunes générations.

Lorsque le FHF Saving Group est né en novembre 2009, il comprenait seulement 10 amis et 200$. En moins de 8 ans, le groupe est devenu une coopérative de 380 membres gérant plus de 600 000$. Le groupe s’est donné pour mission de développer l’éducation financière des jeunes afin qu’ils puissent gérer leurs prêts de manière à pouvoir terminer leurs études et démarrer une activité génératrice de revenus. Les membres peuvent ainsi emprunter au groupe à un taux d’intérêt faible (de 1,2 à 1,8%) et étaler leur remboursement sur 7 ans. Plus important encore, aucune garantie n’est demandée, car ce système est entièrement basé sur la confiance. En effet, pour rejoindre le groupe, il faut être recommandé par d’autres membres qui attestent de la fiabilité des candidats. Les membres prennent collectivement les décisions de prêter de l’argent à ceux qui le souhaitent et qui ont auparavant rempli un formulaire indiquant les raisons pour lesquels ils ont besoin du prêt et la manière dont ils comptent le rembourser. C’est la règle d’or dans ce type d’organisation : les membres ne doivent pas s’inquiéter du sort de l’argent qu’ils épargnent. L’expérience du FHF Saving Group confirme en ce sens le postulat du Professeur Yunus qui affirme que les pauvres sont solvables, puisque le taux de remboursement des prêts est exemplaire. 

Tous les samedis, le groupe organise des réunions au F Café, un lieu qui appartient à tous les membres et qui soutient les petites agriculteurs locaux qui produisent du café organique. A ces occasions, les membres partagent leurs expériences de création d’entreprises grâce à l’argent emprunté au groupe: des blanchisseries aux cours de yoga en passant par les épiceries et menuiseries, les exemples de réussite ne manquent pas. Maintenant que son modèle est viable, Kok Tha, le président du FHF Saving Group, nous confie qu’il souhaite désormais s’agrandir et devenir une fondation afin d’aider de plus en plus de jeunes à réaliser leurs rêves.